*Chapitre 1. C’est l’histoire d’une rencontre.

Nous sommes fin août. Il fait une chaleur écrasante, je me traîne, épuisée par les températures, mon gros ventre et cette fin de grossesse qui n’en finit pas. J’arrive au terme, et toujours rien.
9 mois c’est terriblement long !
Je trépigne d’impatience, je ne ressens aucune contraction, je me demande si ce bébé aura un jour envie de sortir. Non pas que je sois impatiente d’accoucher, oh non, je suis même morte de trouille ! Mais manque de chance, il faut passer par là pour la rencontrer !
Mademoiselle a pourtant bien la tête en bas depuis 6 mois, me donne des coups terriblement douloureux dans les côtes, prouvant bien qu’elle n’a plus de place !!

Ma sœur m’envoie pour m’apaiser la chanson de Luce « dans ma Maman »

Trop de lumière
Trop de rayons
Trop de lueurs
Puis trop de néons

Trop de lumière
Trop de tension
Trop de couleur
Non merci mais non

Laissez-moi dans ma maman

Je garde cette impression de l’avoir écoutée en boucle en pleurant beaucoup d’émotion. Ah ces hormones…! Sur l’instant, cela me permet de lâcher prise, de me rendre compte que mon impatience est bien égoïste.. mon bébé profite de ses derniers instants de plénitude, lovée au chaud, avec ces sons si familier, les battements de mon cœur, nourrie à volonté en continu. Je ne veux pas la brusquer, elle viendra quand elle le désirera.

29 août.
Monitoring. Des contractions, j’en ai en fait, mais peu douloureuses. La sage femme me dit que J’ai de nouveau un monitoring lundi 3 mais qu’elle ne me verra pas car j’aurai accouché avant. On en rigole. Je l’espère car je ne veux pas être déclenchée.

Samedi 1er septembre. 4h.
Des contractions me réveillent. Les premières douloureuses. Impossible de me rendormir, je me lève, profite du lever du soleil. Tout est calme et je suis apaisée. Ce sera donc un bébé de septembre. Forcément, ça ne pouvait pas être autrement.

Toute la journée, des vagues de douleurs arrivent, 4 ou 5 par heure, pas plus, mais qui ne s’estompent pas avec un spasfon. Le travail a bien commencé.
Malgré tout, ça n’augmente pas, et à la fin de la journée, je suis déjà fatiguée.
Je prends un bain vers 23h, je me concentre sur ma respiration, ça me fait un bien fou, je suis en osmose avec elle, je la sens qui se prépare, qui œuvre de son côté pour sortir.
C’est tellement un périple pour elle, on ne s’en souvient pas, mais on affronte à ce moment là le truc le plus flippant et périlleux qui puisse y avoir ! Quitter un cocon parfait sans savoir ce qu’il y a de l’autre côté. Ça me bouleverse.

Malgré tout, je chronomètre les contractions que j’accompagne avec joie, elles ne me font presque plus mal ainsi ! Et lorsque je sors de ma transe, je me rends compte qu’elles arrivent toutes les 3 minutes !
J’appelle Benoît et je lui dis que c’est maintenant. On prépare les affaires, la maternité est à dix minutes à pieds. Je veux marcher, ça la fera descendre, je ne veux pas avoir à supporter des contractions assise dans un taxi. Ça nous prend un peu plus de temps, je dois m’arrêter sur un banc à chaque contraction ^^’

Mais on y arrive ! Il est 1h du matin, on m’annonce que je suis à 2 (la déception dans ces moments là, on espère tellement arriver déjà à 4 ou 5, la blague !!), j’ai un col très difficile à atteindre tant il est en arrière. La sage femme de garde nous dit qu’on ne rentrera pas, ça fait déjà 24h de contractions, plus encore que je n’ai pas dormi, je suis épuisée et le plus gros reste à faire… Il est 3h, j’ai droit à une piqûre pour tenter de me relaxer, et Benoit au fauteuil le plus inconfortable de la terre pour passer la nuit ! ^^’
J’aurai un « répit » de 3h avant que les contractions me réveillent, plus fortes, plus longues.

2 septembre. 8h.
Nouvelle équipe ! La sage femme de jour que j’avais déjà eu en visite de routine me dit que les contractions sont au maximum. Oh je le sais bien, tellement je douille !!!
A midi, j’ai enfin droit à la péridurale. On me dit que j’accouche vers 19h !

Je tombe sur l’anesthésiste la plus antipathique de la planète, qui s’y prend à deux fois en m’engueulant. Mais qui finit par bien me la poser. Ça me soulage instantanément, sans que je sois paralysée. Je n’en abuse pas, je veux ressentir les contactions. Juste le travail sans la douleur.
Les heures passent, je m’endors d’épuisement par intervalle. Mon téléphone ne capte pas. Et le travail est très long. On me rompt la poche des eaux, espérant l’accélérer.

20h. Changement des équipes, je ne connais personne ! Pile au moment d’accoucher, je suis dégoûtée.

21h. Toujours rien. Les contractions commencent même à ralentir, être moins efficaces.. Je suis à 10, mais Bébé Iris ne descend pas dans le bassin. Pire, son cœur fait des pics de 170 à 70 en quelques secondes. La sage femme, hyper dynamique, blague mais je vois dans ses gestes l’inquiétude. Dans les yeux de Benoît aussi. Moi je suis un peu stone, et malgré tout, j’ai confiance en mon bébé. Ce sont nos derniers moments en symbiose totale.
On m’explique la situation. Soit on attend, mais Iris risque de se fatiguer à cause de ces contractions inefficaces, soit on commence maintenant mais c’est moi qui risque de fatiguer en devant pousser beaucoup plus longtemps, soit c’est la césarienne.

Je commence à paniquer. C’est maintenant que tout se joue en fait ?! Ça fait 40 heures que je suis en travail et je n’ai même pas pris le temps de me préparer psychologiquement ?? Je me sens épuisée et pas du tout capable ! Par contre, je ne pense pas une seconde à l’éventualité d’une césarienne.
On prend la mesure du PH au scalp sur le crâne de mon bébé pour voir si elle va bien. Elle n’est même pas encore sortie qu’on l’embête déjà…

23h. Finalement, dans une dernière précipitation, on appelle une obstétricienne et on me dit qu’on ne peut pas attendre, que je vais devoir pousser tout de suite, que ça va être dur mais que je vais devoir tout donner. Plein de gens arrivent, ça s’anime dans la salle en quelques secondes.

Ma sage femme, finalement, a été ma sauveuse, elle m’a coachée comme pour une athlète. Je l’avais à ma droite, Benoît a ma gauche, je ne pouvait pas être mieux entourée pour ce moment complètement fou ! Je sentais les vagues des contractions sans la douleur, on était tous sur le même rythme, dans le même souffle.
Je pousse quatre ou cinq fois, et là encore je sens un nouveau stress dans la pièce. L’obstétricienne me dit que je pousse très bien mais que ça ne suffit pas, que ça ne va pas assez vite pour le cœur du bébé.
Elle me pose des cuillères. Je me revois tourner mon regard vers Benoît, horrifiée. Malgré la péridurale, je ressens la douleur de la pose, c’est horrible, j’en ai les larmes aux yeux mais tout de suite, on me dit de pousser car une nouvelle contraction arrive. J’ai l’impression de ne pas y arriver et pourtant. L’air s’allège, on me dit de ne plus rien faire, qu’elle est là. Je la sens sortir. Ce moment est indéfinissable, le temps est suspendu… On nous dit qu’elle avait le cordon autour du cou, elle avait mis son plus beau collier pour nous rencontrer, et c’est pour ça qu’elle ne descendait pas.

23h15. Trois quarts d’heure avant son terme ! Jolie Iris, petite perfectionniste, a voulu profiter de notre symbiose le plus longtemps possible ♥
3,885 kg pour 52,5 cm, assez impressionnant pour un premier accouchement apparement !
On me la donne et je la pose contre moi, pendant qu’on m’expulse le placenta (auquel je n’étais pas du tout préparé…) et qu’on me recoud.
Elle est chaude et toute douce, sonnée par l’effort qu’elle vient d’accomplir et les difficultés qu’elle a déjà dû traverser. Et pourtant, elle a les yeux déjà grands ouverts, elle me fixe de son regard profond.

J’espère qu’elle me reconnaît comme je la reconnais, ce bébé dont je rêvais ♥

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